Historique

 Nina Rausch de Traubenberg

Nina Rausch de Traubenberg

AUX SOURCES DE LA SOCIETE

La Société du Rorschach et des Méthodes Projectives de Langue Française a été créée en Mars 1950 avec pour titre Groupement Français du Rorschach. Cette création a une double origine :

D'une part, un petit groupe d'étude du Rorschach réuni autour de Cécile Beizmann s'était constitué au Laboratoire de Psychobiologie de l’Enfant du Pr. Wallon (au 41 de la rue Gay Lussac à Paris) et cherchait à systématiser les questions de technique et à confronter son expérience avec d'autres praticiens du test. Ce laboratoire devint notamment celui de René Zazzo et Roger Perron. René Zazzo et ses collaborateurs ont pris la charge de la consultation psychologique de l'Hôpital Henri Rousselle à Sainte-Anne.

Il faut préciser que pendant ces années de guerre et d'après-guerre, seul le CNRS octroyait des bourses de rechercheaux psychologues cliniciens, et les membres de ce laboratoire émargeaient au CNRS ; ni les hôpitaux, ni l'université n'avaient de postes budgétaires pour notre profession.

D'autre part, l'Association Internationale du Rorschach, fondée à Zurich en 1948, souhaitait la constitution de groupes nationaux et la France fut le premier pays à répondre à cet appel. En effet, en Juillet 1949, Cécile Beizmann s'est assurée de l'accord du Professeur Daniel Lagache comme Président et du patronage de personnalités prestigieuses tels les Professeurs Baruk, Dechaume, Delay, Fraisse, Heuyer, Merleau-Ponty, Piéron et Wallon, autant médecins que philosophes et psychologues.

Structuration
de l'association

Des statuts furent élaborés ; le Bureau s'associa un comité de candidatures, un comité culturel et un conseil, ce qui assurait le bon fonctionnement du groupement. Le projet d'activités comprenait la publication d'un bulletin de liaison interne semestriel, la mise en place de séances hebdomadaires de travail, l'organisation de symposia et plus tard de congrès.

En tant que tel, le groupement n'a pas cherché à organiser la formation à la méthode du Rorschach. Certains des membres fondateurs organisèrent dès 1951 un enseignement en privé, étalé sur 2 ans ; Cécile Beizmann assurant un séminaire d'étude du test à l'Institut de Psychologie de l'Université de Paris.

Cette éclosion de projets prouvait bien qu'il était grand temps de fonder une telle association pour approfondir la formation, faciliter les échanges scientifiques et aussi divulguer les informations, surtout celles en provenance des Etats-Unis, dont on avait été coupé par la guerre, alors que le Rorschach et les Techniques Projectives dominaient le champ psychologique aux Etats-Unis tant dans l'élaboration théorique que dans la pratique clinique.

Les pionniers de ce fulgurant départ étaient groupés autour de Cécile Beizmann, plus exactement autour du tandem Cécile Beizmann - Nella Canivet :

Cécile Beizmann aussi active que modeste, convaincue de l'intérêt du test en psychologie de l'enfant qu'elle pratiquait au laboratoire de Psychobiologie de l'Enfant dirigé par le Professeur Wallon,

Nella Canivet, psychologue formée à Genève, amie de Marguerite Loosli-Usteri, assistante ensuite d'André Ombredane, connaissait bien les ouvrages américains sur le Rorschach ; esprit rigoureux, intelligence claire et critique, son enseignement était exemplaire et ses élaborations théoriques percutantes.

Le Symposium Rorschach

Dans le monde médical, l'intérêt pour le Rorschach s'est beaucoup intensifié du fait de l'organisation du Symposium Rorschach au Congrès International de Psychiatrie en septembre 1950 à Paris. En effet, ce symposium présidé par le vice-président du Groupement Français, le Dr Dublineau, et par le Président de l'Association Internationale du Rorschach, le Dr Morgenthaler, a vu se dégager les lignes d'activité des groupes d'études du Rorschach en France, au Portugal, au Brésil, au Pérou, en Hollande ainsi qu’en Suisse.

Dans les premières années de la vie du Groupement, la participation des médecins fut très active : ainsi, en 1952, parmi les 58 membres, il y avait 18 médecins de culture philosophique. Parmi les plus influents, il faut citer les docteurs Eugène et Françoise Minkowski dont l'approche phénoménologique est encore présente. Bien des thèses de médecine portaient sur le Rorschach. Parmi les psychologues, il y avait surtout des psychologues du travail, des conseillers d'orientation professionnelle, des chercheurs et quelques rares psychanalystes : rappelons que les psychologues cliniciens n'avaient pas encore acquis droit de cité. Les premiers professeurs de psychologie clinique, Daniel Lagache et Didier Anzieu, furent véritablement des maîtres à penser en matière de psychologie projective et d'approche clinique.

 
 Didier Anzieu

Didier Anzieu